Rêvons nous d'immortalité,
Ou d'un éphémère bonheur ?
Vivre une triste éternité,
Soit un court instant de candeur.
Cette idylle paradoxale,
Nous embrasse comme nous blesse,
Apercevant l'issue fatale,
Nous subissons coups et caresses.
Les uns nagent à contre courant,
De ceux se laissant emportés,
Et sur la berge, nonchalants,
D'autres observent sans se mouiller.
Dans le doute s'abstient le sage,
Mais entre regrets et remords,
Nous tournons dans nos tristes cages,
Attendant qu'arrive la mort.
Quand se fond la douleur en robuste métal,
Nul homme ne saurait en éclats la briser,
Immuable rocher à demi enterré,
Protégeant en son sein un si mystérieux graal.
Nul menhir éternel face à de l'eau glaciale,
Quand face au fleuve froid, le mont s'est fissuré,
Une lente érosion, la mort insinuée,
Assourdissant fracas que la chute fatale.
Des éclats de néant, ruines de ton coeur,
Maculent mon chemin de ta douce chaleur,
Pourront ils me mener droit jusqu'à mon logis ?
Tu laisses en ton sommet la croix qui me guidait,
Je sais la direction, il me reste la vie,
Sachant que dans celle ci tu n'es plus, à jamais.
Sur ses cordes froides mes dix doigts s’évadent,
Laissant des stigmates dessinés sur mes mains,
En lisses vibrations se mue mon chagrin,
Mon être s’exprimant en de douces balades ;
Je sens dans son ventre battre mon cœur malade,
Parchemin vierge recueillant mon destin,
A l’encre noire et blanche elle écrit mon refrain,
Je serre son éclisse évitant la noyade.
Muse d’épicéa inspirant la tristesse,
Et nymphe d’acajou incitant l’allégresse,
Sombre palissandre me promettant espoir ;
Blottie dans mes bras, elle apaise ma haine,
Caressant ses courbes sculptées dans l’ébène,
En musique et amour, concordent mes histoires.
Sous un dôme feuillu, d’un bronze verdissant,
Se dresse fièrement cette dame au sein nu,
D’une apaisante main protégeant nos vertus,
Dominant l’assemblée de quidams non chalands ;
La danse des oiseaux entraîne les passants,
Qui, dans un bel élan, déambulent en ses rues,
Rendant vie à ces fleurs que la souillure tue,
Puis réveillant mes sens, et ma candeur d’enfant.
Les rires et les cris s’élèvent dans les cieux,
D’un tableau coloré désorientant mes yeux,
Les avions, les chevaux, pris dans un tourbillon ;
Mosaïque effrénée bercée d’un bel arpège,
Les plaisirs innocents chantonnent à l’unisson,
Le bonheur résidait dans un simple manège.
Mon esprit libre tel la blanche page,
Recueille les encres les plus acides,
Comme les plumes douces et volages,
Tant qu’est comblée sa sombre peur du vide.
Quand jaillit une inspiration confuse,
Mosaïque de démons et de muses,
Un flot incessant de haine et d’amour,
D’insoupçonnables pensées voient le jour.
L’inspiration en faisceaux de lumière,
En réponse à mon unique prière,
A travers le prisme de ma pensée,
Esquisse cette fresque colorée.
A flâner dans un champ de chrysanthèmes,
Ou à se complaire dans la douleur,
Je n’ai plus peur car les plus beaux poèmes,
Sont ceux que je rédige avec le cœur.
Ô spirale sans fin, libère mon esprit,
Soulage mon plaisir de ses chaînes d’acier,
Et livre moi la clé, dans ta grande pitié,
Car soumis à ta loi, jamais je ne souris ;
Cette valse à un temps me donne le tournis,
Mon crâne sous pression sur le point d’exploser,
Criblant autour de moi, d’éclats acérés,
Tout ceux qui sans un mot font partie de ma vie.
Si tu me quittes enfin, je ne pleurerai plus ;
Le bonheur renaîtra, tu auras disparue ;
Tu peux me laisser seul, vas et ne reviens pas !
Je sais vivre sans toi qui engendres malheur,
Mais j’ai besoin de toi, de ce tendre trépas,
Douce mélancolie, tu fais tourner mon cœur.
L’amer parfum des fleurs sous une fine ondée,
Insuffle en moi le spleen, douce mélancolie,
Belle nymphe à ton nom, à tes traits assagis,
Je sacrifie mes vers et mes yeux embrumés ;
Ton corps gît en ces eaux, et de tes bras glacés,
Tu enlaces mes maux, tu fais germer la vie,
D’un vert pâle et obscur s’enveloppe la nuit,
Je pleure au souvenir de mes sens écorchés.
Seras-tu toujours là quand finira l’ivresse ?
Où va tu te cacher quand mes idées renaissent ?
Quand tombe le rideau, se dévoile l’effroi ;
Perfide vérité, étouffante chaleur,
Qui débauche et meurtrit la belle âme du froid,
Je te dédie ces mots et je te rends mon cœur.
Dites moi, mon ami, qu’est donc le sentiment,
S’il n’est un grand défaut, une faille du cœur,
Laissant nos émotions, telles de vils serpents,
Infiltrer notre esprit et répandre douleur ?
Et ce venin mortel s’insinue lentement,
En mes veines souillées d’une amère liqueur,
Qu’elle a pu en un mot, injecter dans mon sang,
Et ainsi condamner ma vie à la torpeur…
Et là est ma question, sur un ton innocent :
Ces grands maux valent ils, cet infime bonheur,
Qui parfois sait percer le rideau de malheur,
Et nous rendre béat pour un très court instant ?
Ne me répondez pas, car en vain je me mens,
Je dois me résigner à combattre la peur,
Et accepter enfin, que saine est cette horreur,
Car serions nous heureux sans larmes ni tourments ?
Le parfum de ta peau, enivrante chaleur,
De mes sens exaltés attise la passion,
Qui jaillit de mon corps en larmes de candeur,
Et transperce mon cœur d’un délicieux frisson…
Je convoite sans mot tes lèvres argentées,
Que mes yeux innocents caressent de désir,
Consumant peu à peu ma chère volonté,
Qui sous tes douces mains, se garde de frémir.
Je ne puis supporter cette saine douleur,
Qui ronge mon esprit et souille ma vertu,
Ma belle âme est marquée d’une charnelle peur,
Puisses tu pour toujours te soustraire à ma vue…
Et que mes maudits doigts parcourent ta toison,
Sacrifiant à mes dents ta chaire satinée,
Que nos êtres se noient en folle déraison,
Qu’à terre je sois jeté, vaincu par tes baisers.